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April 24, 2008

Bientôt la surpuissance ? Les dix menaces du nouvel empire

En pleine expansion, la République populaire s’empare de marchés entiers, amasse d’énormes réserves financières et augmente ses dépenses militaires. A quelle fin ?

1 – Le piège des délocalisations
C’est devenu l’usine du monde. Avec des villes dédiées entièrement à une seule activité – la chaussette, la cravate, le tee-shirt, les jouets… Grâce à son inépuisable réservoir de main-d’oeuvre à bas prix, la Chine est bel et bien la terre promise des délocalisations. De quoi en faire le bouc émissaire idéal. La Chine, responsable de la désindustrialisation ? «Le mouvement en France était amorcé depuis bien plus longtemps», rappelle Françoise Lemoine, économiste au Centre d’Etudes prospectives et d’Informations internationales (Cepii), spécialisée sur la Chine. «Dans le textile, par exemple, les emplois étaient déjà partis vers des pays frontaliers, au Maghreb ou en Turquie.» Bref, ce sont ces derniers qui ont pris de plein fouet la concurrence chinoise avec la fin des quotas. Contrairement à la France, réorientée vers le haut de gamme, qui restait préservée. Pour combien de temps ? La Chine reste pour l’instant cantonnée dans la production de masse à faible valeur ajoutée. Et elle est elle-même concurrencée par des pays qui deviennent plus compétitifs en matière de salaires : selon une récente étude du cabinet Booz Allen Hamilton, 20% des entreprises songeraient à des relocalisations dans des pays encore moins chers, comme le Vietnam. Résultat : la Chine cherche à monter en gamme. Mais elle devra affronter la concurrence d’un autre géant, l’Inde, le plus gros pourvoyeur d’ingénieurs bon marché. D. B.

2 – Des produits dangereux
C’était cet été. 20 millions de jouets Fisher Price (groupe Mattel) rappelés en catastrophe : des Polly Pocket avec des aimants que risquaient d’ingérer les enfants, des jouets Dora recouverts de peinture toxique au plomb, des trains en bois défectueux… Les 60 millions de cannettes de nourriture pour chiens et chats contaminées. Les dentifrices empoisonnés qui contenaient de l’antigel. 2007 aura été l’année de tous les scandales pour le made in China, de quoi sérieusement entamer la confiance des consommateurs. Aux Etats-Unis, la psychose est telle qu’une marque agroalimentaire a même décidé de lancer un label «China Free» pour rassurer ses clients. «Il y a eu des décès aux Etats-Unis. Pas en Europe, heureusement : nous avons mis en place un système d’alerte pour produits dangereux, et les produits chinois sont particulièrement sujets à vigilance», dit Meglena Kuneva, à la Commission européenne. En témoigne le nombre de notifications de produits dangereux passé de 468 en 2004 à … 1 605 en 2007, dont 60% émanaient de Chine ! Le gouvernement à Pékin a compris qu’il y avait péril en la demeure. D’autant que les consommateurs chinois commencent à se rebiffer, au vu des innombrables scandales qui ont émaillé ces derniers mois. Les mesures ? Elles ont été drastiques. 80 usines douteuses ont été fermées. Et les têtes sont tombées : le directeur de la Sécurité alimentaire a carrément été exécuté cet été… D.B.

3 – Les damnés de l’usine
On les appelle «les oubliés du miracle chinois» : 200 millions de mingong, jeunes travailleurs migrants corvéables à merci, venus des campagnes surpeuplées, triment dans les usines de l’eldorado chinois ou au fond des mines les plus dangereuses du monde. «Ils sont toujours présentés comme les laissés-pour-compte de la croissance, mais leur exploitation constitue en réalité le socle même de cette croissance», affirme Luc Richard dans son essai «Pékin 2008» (Ed. Mille et Une Nuits). C’est en effet la «sueur bon marché» des mingong qui permet aux articles à bas prix made in China de déferler sur tous les marchés du monde. Des ouvrières encore adolescentes, appréciées pour leur docilité et leur endurance, sont payées 30 à 50 euros par mois pour travailler douze heures par jour, sans protection contre les produits chimiques qu’elles manipulent, ni contre les abus qu’elles subissent.
La signature d’un contrat de travail est obligatoire depuis… le 1er janvier 2008 ! Mais l’adoption de cette législation n’a guère fait avancer les choses : 80% des travailleurs n’ont jamais signé de contrat, et la loi du plus fort est toujours de mise. Les employeurs licencient à volonté, ne paient pratiquement jamais les heures supplémentaires, ni les frais médicaux en cas d’accident. «Ils profitent souvent de la vulnérabilité des migrants pour retenir des milliards de yuans (des millions d’euros) de salaires impayés», précise Benoît Vermander dans son livre «Chine brune ou Chine verte ?» (Presses de Sciences-Po).
L’été dernier, l’extension effrayante de cette exploitation a été révélée par la découverte de centaines d’enfants-esclaves travaillant dans des briqueteries appartenant à des responsables locaux du PC. Au même moment, une ONG révélait que des entreprises fabriquant des gadgets pour les JO recouraient au travail forcé des enfants. U. G.

4 – Un nouveau colonialisme ?
Après avoir longtemps été une voisine menaçante, prompte à contester ses frontières (avec la Russie ou l’Inde), à disputer des archipels et des zones maritimes gigantesques à tous les Etats riverains (du Japon au Vietnam en passant par les Philippines et la Malaisie), la Chine semble avoir changé de style. A l’exception de la question taïwanaise, qui peut susciter de redoutables gesticulations militaires, elle s’est dans l’ensemble convertie à la logique du soft power. Les mandarins rouges ne parlent plus que de commerce, d’investissement, d’import-export, d’échanges «gagnant-gagnant». La Chine n’a-t-elle pas besoin de matières premières comme de débouchés ? Ne peut-elle réaliser des infrastructures rapidement et pour pas cher, grâce à ses armées d’ouvriers, de techniciens et d’ingénieurs durs à la tâche et économes ? Elle a tout à offrir – et à gagner – aux petits Etats dans sa région et au-delà.
La formule rencontre un franc succès, à commencer par son voisinage immédiat. Les commerçants chinois ont déjà largement investi les espaces sous-peuplés d’Asie – Sibérie, républiques d’Asie centrale… Ils sont devenus des partenaires incontournables en Indochine. Depuis quelques années, la machine économique céleste s’est lancée à la conquête de l’Afrique. En 2007, la Chine a supplanté la France comme second plus gros partenaire commercial du continent noir. Pour les auteurs de «la Chinafrique» à paraître chez Grasset (1), la «pax sinica» et le «grand bond chinois en Afrique» sont d’ores et déjà à l’oeuvre, avec des résultats plutôt bénéfiques. Mais cette irruption chinoise n’a pas rompu avec les dérives de la Françafrique : soutien aux régimes despotiques, vente d’armes, corruption, etc. Plus inquiétant, le soutien sans faille que Pékin offre à ceux qui acceptent son partenariat : le Soudan, malgré le génocide au Darfour, le Zimbabwé de Mugabe – ainsi que le régime des généraux birmans – sont les grands gagnants d’une politique chinoise mercantile qui ne s’embarrasse pas de scrupules humanitaires. U. G

5 – Un régime trop brutal
Qu’est-ce que la Chine hypercapitaliste doit au grand despote qui fonda le régime ? «Le Parti, et le principe selon lequel le Parti peut se tromper, mais seul le Parti peut rectifier ses erreurs», répond Federico Rampini («l’Ombre de Mao», Robert-Laffont, 2008). Conséquence : toutes les libertés (religieuses, civiles, de pensée, d’expression, d’association, etc.) sont toujours réversibles. Dès qu’ils sont confrontés à une opposition organisée, les mandarins rouges font comme Mao : ils sévissent. En 2007, 470 exécutions capitales documentées ont eu lieu, selon Amnesty. Le nombre réel s’élèverait à 7 000 ou 8 000 selon le sinologue Jean-Luc Domenach (lire notre débat p. 18). U. G.

6 – Des minorités laminées
La tragédie tibétaine, celle des Ouïgours du Xinjiang, celle – désormais irréversible – des Mongols montrent le visage «colonial» du régime chinois. Mao avait pourtant promis aux minorités la création d’un Etat fédéral sur le modèle des républiques soviétiques. Mais en prenant le pouvoir en 1949, il annexe purement et simplement leurs territoires – plus vastes que l’ensemble des régions de peuplement «han» (l’ethnie dominante). Condamnées à devenir minoritaires dans leur propre pays, les minorités n’ont d’autre choix que la radicalisation. U. G.

7 – La tactique du yuan
Et si la «monnaie du peuple» était la botte secrète de la Chine ? Non convertible, le yuan, tout droit issu de l’économie communiste administrée, permet aux autorités chinoises d’ajuster la valeur de leur monnaie pour inonder la planète de marchandises made in China déjà avantagées par de faibles coûts de main-d’oeuvre. Imparable. Grâce à cette stratégie du «yuan bas», les excédents du commerce extérieur chinois ont atteint 1 680 milliards de dollars. Une manne que la banque centrale chinoise s’efforce, selon le jargon de la finance, de «stériliser» : les colossaux avoirs en dollars encaissés par l’entreprise Chine ne sont pas convertis en yuans mais en obligations auxquelles les banques locales sont invitées à souscrire. Cela pour éviter d’augmenter trop brutalement la masse monétaire et d’alimenter l’inflation qui a tendance à s’emballer. Les principales «victimes» de cette politique monétaire très restrictive sont bien sûr les principaux partenaires commerciaux de la Chine qui aimeraient tant voir s’apprécier le yuan pour rééquilibrer leurs échanges avec le nouveau géant. Ainsi les Etats-Unis et le G7 ne manquent-ils jamais une occasion d’exhorter Pékin à réévaluer sa monnaie. Depuis quelques semaines, face aux désordres financiers mondiaux, le gouvernement de Hu Jintao a cédé : désormais un dollar vaut 7 yuans, un niveau qualifié d’historique. B. B.

8 – Des fonds voraces
La Chine fait des emplettes. Après avoir raflé 1,3% de Total, amassé discrètement depuis novembre, un nouveau fonds de l’Etat chinois vient d’entrer dans le capital de BP (1%). Mais de là à imaginer un raz de marée chinois emportant sur son passage les multinationales étrangères, les analystes restent beaucoup plus prudents. L’essentiel de l’activité financière chinoise se concentre dans un domaine : les matières premières, et surtout le pétrole. La Chine, en effet, se retrouve dans la situation de la France et de l’Italie de l’après-guerre : l’or noir est entre les mains des majors anglo-saxonnes. Pour assurer son indépendance énergétique, la Chine réagit comme Paris lors de la création d’Elf ou Rome avec Eni, voire Tokyo avec la création de sociétés mixtes à participations japonaises…
Mais cette offensive est parcellisée. Pékin contrôle un fonds souverain : la China Investment Corp (CIC), doté de 200 milliards de dollars empruntés aux réserves de change du pays (1 600 milliards de dollars !) . Plutôt que de garder cet avoir placé en bonds du Trésor américain, le CIC est sensé partir à la recherche d’investissements plus rentables. Pourtant ses premières opérations sont loin d’être concluantes. En mai 2007, le CIC a investi 3 milliards de dollars dans le fonds américain Blackstone. Neuf mois plus tard, cette somme a fondu comme neige au soleil (- 40%) à cause de l’effondrement de Wall Street. Des déboires qui profitent à Safe, une autre émanation du gouvernement chinois. Créée il y a une trentaine d’années pour acheter des bons du Trésor américain, cette société incorporée à Hongkong rêve aujourd’hui de voler de ses propres ailes. C’est elle qui vient de marquer des points en s’offrant un ticket d’entrée au capital de Total et BP. B. B.

9 – Un géant surarmé
Quand ils évoquent leur ambition pour leur pays, les dirigeants chinois parlent d’une «montée en puissance pacifique». Pacifique ? A Washington, à Tokyo et un peu partout dans le monde, on s’interroge sur les intentions réelles de l’empire du Milieu. Pourquoi, demande-t-on au Pentagone, le budget chinois de la Défense progresse-t-il de près de 20% tous les ans depuis quinze ans ? Pourquoi est-il nécessaire d’entretenir une armée de 2,5 millions de soldats, la plus grande du monde et de loin ? Pourquoi masser 1 000 missiles de courte et moyenne portée et près de 500 avions bombardiers le long de la côte qui fait face à l’île de Taiwan ? Tout cela est-il vraiment pacifique ?
Les Chinois affirment qu’il ne s’agit là que d’une mise à niveau, que leur défense a pris beaucoup de retard technologique pendant que l’Amérique et les autres grandes puissances renouvelaient leur matériel militaire. Ils ajoutent que leur pays a des dizaines de milliers de kilomètres de frontière à défendre et que le budget américain de la défense est près de dix fois supérieur au leur.
Quoi qu’il en soit, les Américains pensent que la Chine a remplacé la Russie et qu’elle sera bientôt leur principal adversaire stratégique, voire leur ennemi militaire. D’ailleurs le Pentagone assure, et ce n’est pas un hasard, que le budget de l’armée chinoise est égal à la somme des budgets japonais, coréen et… russe. Il faut aussi compter avec l’immense réseau d’espionnage de Pékin, le Guoanbu. A son propos, le grand spécialiste français, Roger Faligot, écrit, dans le livre qu’il lui consacre (Editions Nouveau Monde) : «Les services spéciaux chinois sont devenus, au début du XXIe siècle, les plus importants du monde.» Et il précise que bientôt le vocable Guoanbu sera aussi tristement célèbre que son modèle, le KGB. Reste à savoir si l’affrontement tant de fois annoncé ressemblera à la guerre froide ou sera un conflit plus chaud… V. J.

10 – L’environnement en péril
Il y a la championne de tennis Justine Henin ou le coureur Haïlé Gebreselassié qui envisagent de déclarer forfait pour les JO pour «raisons sanitaires». Ceux qui ont décidé de se replier sur Singapour ou la Corée du Sud, à quelques heures de vol de Pékin, pour l’entraînement. Et les autres qui, en tout cas, veulent passer le moins de temps possible à Pékin, ou au minimum avec un masque de protection spécial. Paranoïa ? A Pékin, l’une des capitales les plus polluées du monde, le ciel plombé par des nappes de brouillard gras laisse rarement percer le soleil… Inquiet pour son image, le gouvernement a tenté un plan d’urgence antipollution pour se préparer aux JO, avec la fermeture temporaire des aciéries et des usines les plus polluantes de la région. Histoire de faire de la ville un endroit – un tout petit peu – plus respirable pendant quelques semaines…
La Chine, cauchemar écologique ? Les chiffres font peur. Selon une récente étude de la Banque mondiale, censurée par Pékin, 750 000 morts par an seraient directement causées par la pollution. Un tiers des rivières sont tellement chargées en polluants que l’eau ne peut plus être utilisée pour l’irrigation. 300 millions de Chinois boivent de l’eau polluée, parmi lesquels 190 millions tombent malades chaque année. En 2009, avec dix ans d’avance sur ce que prévoyaient les experts, la Chine va devenir le plus gros émetteur mondial de dioxyde de carbone, ravissant la première place aux Etats-Unis. Et sur les 30 villes les plus polluées de la planète, 20 sont chinoises. «De tous les problèmes de la Chine, la pollution est le plus urgent», estime David Dollar, à la Banque mondiale. Une situation alarmante qui pèse directement sur l’économie : la pollution coûterait au pays de 6 à 10 points de PIB. De quoi inquiéter le gouvernement qui a fait de l’environnement l’un de ses chevaux de bataille. «Il y a une prise de conscience en haut, dit Françoise Lemoine, économiste. Mais c’est très compliqué de faire passer cela au niveau des autorités locales.» D. B.

(1)Michel Beuret et Serge Michel, mai 2008.

Doan Bui, Bruno Birolli, Ursula Gauthier, Vincent Jauvert
Le Nouvel Observateur
http://hebdo.nouvelobs.com/hebdo/parution/p2268/dossier/a373173-les_dix_menaces_du_nouvel_empire.html

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